Philosophie citoyenne Transmettre
XX. La France comme héritage commun
Un héritage ne se conserve pas : il se respecte, il se rend habitable, il transmet.
Ni musée ni page blanche. Une langue, des paysages, des institutions, des savoir-faire, et tout autant des dettes, des fautes et des retards. L’appartenance se tranche par la transmission plutôt que par l’origine.
On nous propose deux France : celle qu’il faudrait conserver intacte, et celle qu’il faudrait recommencer à zéro. Aucune des deux n’est habitable.
La France que je défends n’est ni un musée ni une page blanche. Sa langue, sa culture, ses paysages, sa mémoire et ses institutions forment un héritage partagé, dont on hérite aussi les dettes. L’appartenance que je propose est ouverte mais exigeante : ni figer le passé, ni l’effacer, mais le rendre habitable et transmissible. C’est à cet héritage que la souveraineté ouverte donne ses moyens, et c’est lui qui lui donne son sens.
Cet héritage n’a rien d’une abstraction : c’est une langue qui pense d’une certaine manière, des paysages façonnés par vingt siècles de travail, des institutions, des savoir-faire, des œuvres, et tout autant des dettes, des fautes et des retards. Le courage du tri que je demande à chaque génération vaut ici plus qu’ailleurs. Je ne veux ni d’une histoire de France réduite à un tableau de gloire, ni d’une histoire réduite à un procès : la première interdit de réparer, la seconde interdit de transmettre. Recevoir, comprendre, trier, réparer, enrichir, la méthode ne change pas parce que l’objet devient la Nation.
Reste la question de l’appartenance, et je la tranche par la transmission plutôt que par l’origine. On n’hérite pas de la France par le seul fait d’y naître : on en hérite le jour où l’on accepte de la recevoir, de l’entretenir et de la rendre habitable à d’autres. Cette appartenance-là s’offre à qui veut la prendre, à qui veut la respecter, mais elle se paie en responsabilité : apprendre la langue, connaître ce qui nous précède, tenir la règle commune, contribuer à son tour. Une maison commune ne se garde pas en fermant la porte, elle se garde en la tenant ouverte à ceux qui viennent y travailler. C’est de cette exigence-là que naît la laïcité dont je parlerai maintenant.
Un héritage ne se conserve pas : il se respecte, il se rend habitable, il transmet.