Philosophie citoyenne Contribuer
XIII. La confiance et la joie civique
Une société ne tient pas par ses règles, mais par le plaisir préservé de vivre ensemble.
Nous mesurons le chômage, la dette et les émissions, jamais le plaisir que les gens ont à vivre ensemble au même endroit. La culture, le sport et la vie associative ne sont pas des dépenses d’agrément : ce sont des infrastructures de confiance.
Nous avons appris à mesurer le chômage, la dette et les émissions. Nous ne mesurons jamais ce qui décide pourtant du reste : le plaisir que les gens ont, ou n’ont plus, à vivre ensemble au même endroit.
J’appelle joie civique ce goût de vivre ensemble, et je le tiens pour une donnée politique, non pour un supplément d’âme. Elle se fabrique là où les gens se rencontrent sans y être obligés : le club sportif, la chorale, le comité des fêtes, la bibliothèque, le marché, le café qui reste ouvert. Ces lieux ne produisent rien de comptabilisable et produisent pourtant tout : de la confiance épistémique, matière première dont une nation a besoin pour décider, réformer et supporter un désaccord. Quand elle s’effondre, aucune politique publique ne fonctionne, même excellente : elle est reçue comme une manœuvre.
J’en tire une conséquence que les budgets n’aiment guère : la culture, le sport et la vie associative ne sont pas des dépenses d’agrément que l’on coupe en premier, ce sont des infrastructures de confiance au même titre qu’une route. On ne les évalue pas au nombre d’entrées, mais au coût évité : les solitudes qui ne se sont pas installées, les jeunes qui ne se sont pas perdus, les vieillesses qui ne se sont pas éteintes derrière un volet clos.
Une société ne tient pas par ses règles, mais par le plaisir préservé de vivre ensemble.
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