Philosophie citoyenne Contribuer
XII. Les métiers du lien
Ce qui ne se compte pas finit toujours par se payer.
Aidants, éducateurs, soignants, bénévoles, médiateurs : là où l’entreprise produit de la valeur, ils produisent de la stabilité, de la capacité et de la confiance. Une contribution qui ne se remarque que le jour où elle s’arrête.
Une part immense de notre richesse n’apparaît dans aucun tableau. Les aidants, les éducateurs, les soignants, les bénévoles, les médiateurs exercent ce que j’appelle les métiers du lien. Ils ne sont pas un secteur social parmi d’autres : ils sont un pilier de la philosophie citoyenne, au même rang que le travail productif. Là où l’entreprise produit de la valeur, ils produisent de la stabilité, de la capacité et de la confiance, les conditions sans lesquelles rien d’autre ne tient. Cette contribution invisible ne se remarque que le jour où elle s’arrête ou se fragmente.
Ces métiers tiennent la chaîne de sécurité des générations et des liens sociaux, celle qui nourrit le lien tout au long de la vie. Elle commence avant la naissance, avec l’accompagnement des parents ; elle se poursuit à l’école, au travail, dans les bifurcations et les épreuves ; elle se resserre au grand âge, autour de ceux que j’appelle les passeurs de sérénité (nouveau nom philigénien de « retraité ») ; et elle ne s’arrête pas à la mort, puisqu’il reste à accompagner ceux qui demeurent. Une chaîne se juge à son point le plus faible, très souvent dans les transitions et c’est toujours là qu’un pays perd ses citoyens.
J’en déduis deux exigences. Le temps de coordination d’abord : relier un enfant, une famille, un enseignant, un malade ou un aîné demande des heures qu’aucune nomenclature ne reconnaît, et qui doivent être financées et rémunérées comme un travail de grande valeur nationale, non tolérées comme un dévouement. Je propose une coordination incarnée, la coordinatrice territoriale du lien, dont je préciserai plus loin la place : une personne identifiée, chargée de synchroniser l’école, la santé, le médico-social, la justice, la commune et les associations autour d’une même situation. Nos institutions ne manquent ni de moyens ni de compétences : elles manquent d’un chef d’orchestre, et c’est dans l’écart entre leurs calendriers que les personnes disparaissent et que les fractures s’aggravent.
Ce qui ne se compte pas finit toujours par se payer.
Témoigner de ce que le temps de coordination représente réellement.
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